Manifeste

Pour une mobilité heureuse

Qui se souvient encore des villes où on laissait un enfant traverser la route sans crainte ? De rues qui ne servaient pas de parkings à ciel ouvert ? Où le brouhaha de la foule et non celui des moteurs constituait le bruit de fond de la vie quotidienne ?

Peu d’entre nous avons connu cette époque, tant l’automobile a reconfiguré nos villes et nos vies. Les citadins, privés progressivement de leur espace public, ont dû apprendre à faire avec. C’est même toute la carte de France qui a été restructurée par les tracés bitumés. Peu à peu, les Français n’ont eu d’autre choix que de prendre le volant pour tout, et parfois pour rien.

La parenthèse automobile, dyschronisme du XXe siècle, s’achève. La transition écologique nous l’impose, certes. Mais pas seulement. Le cadre de vie façonné par la voiture nous est devenu difficilement supportable. Les habitants des grandes villes encombrées, bruyantes et polluées rêvent d’ailleurs. Ceux des campagnes et des zones périurbaines perdent leur vie sur la route, entre services de proximité distants et villes inaccessibles. Pour tous, la voiture au quotidien, jadis émancipatrice, est désormais source de précarité sociale, économique et énergétique.

Nous méritons mieux que les errances du siècle passé. Comment faire ?

Concevoir des expériences plutôt que des flux. Le maillage produit par le moteur à explosion avait le mérite de la simplicité : larges avenues, routes, nationales ou départementales, autoroutes. Une simplicité grossière qui s’accommode mal de micromobilités (trottinettes et autres hoverboards), de vélos électriques, d’autopartage ou de covoiturage. En surface, le chaos s’impose.

Penser la pérennité, au-delà de la longévité des infrastructures. Nous ne pouvons plus faire abstraction des enjeux essentiels : cycle de vie bas carbone ; alignement des comportements individuels sur les enjeux collectifs ; proximité et réduction des mobilités subies.

Substituer à la trame rudimentaire de la civilisation industrielle, une fine dentelle. Travailler à la maille la plus locale : le quartier, la rue, jusqu’au bâtiment. Inventer le système de mobilité adapté à chaque îlot. Puis, relier ces îlots entre eux. Donner de l’air. Réparer le tissu urbain avec des moyens inédits.

Nous vivons une transition. La hâter et la rendre désirable, c’est redessiner à la fois la carte et le territoire. C’est l’essence de Manwë.

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